mercredi 11 juin 2008

Le Doc

Aux premières lueurs du jour , j'ai cherché d'une main l'interrupteur de la lampe de chevet , j'ai inspecté d'abord le creux de mes bras , j'ai repoussé brusquement la couette et observé mes jambes . La nuit n'avait pas effacé les symptômes de l'urticaire ou de l'allergie qui rougissait et boursoufflait ma peau .
Je ne pouvais pas échapper au rendez vous avec le Doc .
Cher Doc , il sait quand je l'appelle qu'il doit me recevoir dans les heures qui suivent , je lui ai déjà réservé quelques frayeurs , des hospitalisations en urgence , des opérations précipitées .
Dans la vieille allée un homme passe la serpillère , je grimpe les escaliers marqués par le temps , l'usure a creusé les carreaux de ciment , le bois de la rampe a la douceur de la patine , un rien de presque sensuel dans le creux de la main pour peu qu'on oublie la souffrance qui nous conduit ici . Mais ce contact tendre est le prémice du soulagement .
Le Doc m'ouvre son appartement cabinet fait de bric et de broc , les dossiers sont dans des cartons de chaussures , les murs racontent ses voyages . Il y a des piles de livres sur son bureau , son carnet rouge de rendez vous , une lampe design , un écran d'ordinateur , d'un coup d'oeil je repère les changements , les nouveautés , il m'interpelle par mon prénom , me désigne le fauteuil de cuir noir . Je lui tend mon bras , il ose me demander de soulever mon tee shirt , il me griffe le dos pour confirmer son diagnostic et il retourne s'assoir derrière sa table de bois .
J'essaye de lui raconter mes démangeaisons de ses derniers jours , il s'en fiche , il sait déjà .
Silence . J'attend mon ordonnance qu'il n'écrit pas , il me regarde , prononce encore mon prénom .
Soudain le fragile équilibre bascule , il me regarde , taisez vous le Doc , taisez vous ...
Mais le Doc ne se taira pas ! Le Doc gentiment se fâche , le Doc gronde mon laisser aller , le Doc me suggère fermement un régime , le Doc s'inquiète de ma petite tension , le Doc me demande comment je vais , le Doc va chercher mes chagrins , le Doc me tend une boîte de mouchoirs en papiers blanc pour éponger le flot de larmes , le Doc farfouille dans ses documents amoncelés , il cherche et cause encore , le Doc me connaît par coeur , le Doc me donne une adresse , " vous telephonez cet apres midi à ce numéro".
Le Doc écrit son ordonnance , le Doc me demande de prendre soin de moi en me serrant fortement la main sur le pas de la porte . Le Doc veut que je lui téléphone dans quelques jours . Le Doc m'abandonne dans les escaliers , je ne touche pas à la rampe , je me frotte contre le mur jaunâtre pour soutenir mon étourdissement , je me ressaisis avant la rue et je rentre dans la boutique de déco juste à côté pour causer avec le propriétaire de son fauteuil aux ailes d'anges .

4 commentaires:

rsylvie a dit…

beaujour...
je visite, parc'qu'un com. chez COUM. m'a interpellé !
P.P.I alors que je dois en rendre deux pour dans 2 heures !
me suis dit, tien on cause métier ???
et je lis l'article...
vérité, fiction ?
j'aimerai autant que cela soit la 2ème réponse.
en tout cas, c'est trés bien écrit.

Coumarine a dit…

menfin...j'espère que tu prends soin de toi mainan...
Tu vois il y a du monde qui arrive via coumarine (ma gentille sylvie...) Tu vas mieux dis? tu vas mieux?

Pivoine a dit…

Oui, et "Carnet caché" t'a mise aussi dans ses liens... Tu es lue Matinou !

J'espère aussi que ça va mieux ! Prends soin de toi et ne sois pas trop dure avec toi-même...

MaTinou a dit…

Bonsoir Rsylvie et merci de ta visite ... il y a bien du métier ...
Bonsoir Coumarine , je vais , je vais ...
Bonsoir Pivoine , j'essaye de prendre soin de moi

Merci de vos visites