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vendredi 20 avril 2012

Un sonnet de Louise Labbé

 
Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,

J'ai chaud extrême en endurant froidure;

La vie m'est et trop molle et trop dure,

J'ai grands ennuis entremélés de joie.



Tout en un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j'endure,

Mon bien s'en va, et à jamais il dure,

Tout en un coup je sèche et je verdoie.



Ainsi Amour inconstamment me mène

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine.



Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être en haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.
 

Par hasard, dans un coin d’une librairie à l’abri de la pluie de cet après midi,j’ai lu et relu ce sonnet de Louise Labbé. 
Depuis très longtemps , je n’avais pas lu de poésie, je me suis soudain surprise à le déclamer tout haut et la vendeuse derrière son écran de m’écouter, étonnée de mon égarement.

lundi 9 janvier 2012

Retour à mes petites listes …

Et si je revenais à mes petites listes , une visualisation de ce que j’ai à faire , un repère pour pointer ce que j’ai réussit dans une journée , un outil pour me bouger , pour tenter de sortir …

Pour cet après midi et ce soir :

  • Rassembler mes papiers et les porter à la mairie
  • Aller jusqu’à la Fnac chercher un cd de Dominique A
  • Ramener quelques photos
  • Ranger mes papiers
  • Faire la vaisselle
  • Finir mon article sur le Risotto
  • Faire l’article en retard pour le blog du travail
  • Envoyer quelques mails pour les vœux

Surtout pas plus … un trop à faire et je n’y arriverais plus …

lundi 2 janvier 2012

jeudi 17 novembre 2011

Histoires de cheveux , histoire de psy …

Ce matin , le miroir reflète mes cheveux en désordre , trop longs , déteints , depuis combien de temps je ne suis pas allée chez le coiffeur …

Je compte sur mes doigts , un , deux , trois , quatre …
Quatre , quatre jours que je ne suis pas sortit de chez moi …

Mes placards sont vides , j’ai épuisé mes provisions …

Et puis il y a un an à quelques jours près , elle me téléphonait sur mon portable pour me dire qu’elle ne viendrait pas travailler , qu’elle avait du mal à respirer , qu’elle avait un point dans le dos qui l’empêchait de conduire …

Replay , ça tourne en boucle dans ma tête …

Après avoir parcouru les pages jaunes , appelé une liste , essuyé de nombreuses impossibilités , supporté des répondeurs ,j’ai eut trois rendez vous chez des psys … les parquets qui craquent des beaux apparts bourgeois , le mal aise de la salle d’attente tempéré par un espoir , l’inquiétude de la rencontre , résumer les raisons de ma venue , les docs qui concluent que j’ai besoin d’un suivi mais ils sont over bookés alors pourquoi m’avoir reçu ? J’ai même faillit en récompense avoir une ordonnance en attendant …

Je ne dois pas être un cas intéressant , apparemment pas une urgence …

Les psys s’interrogent ils sur les patients qu’ils refusent , ceux qu’ils abandonnent à leur souffrance , ceux qu’ils laissent dans la douleur ?
Je me suis assise sur un banc à l’issu de mon troisième rendez vous encore ébranlée d’avoir du me dévoiler pour rien , en  m’interrogeant sur le pourquoi ils ne voulaient pas de moi , un manque de considération , une non reconnaissance , presque une humiliation …
Vais je poursuivre mes recherches ?

Je compte sur mes doigts , un , deux , trois , quatre …
Quatre , quatre jours que je ne suis pas sortit de chez moi …

Et si je rassemblais mes forces pour aller juste chez le coiffeur , quitté ma tronche de négligée , me botter le cul pour continuer .
Peut être pour elle aussi , parce que même malade , elle se souciait de sa coiffure …

Flash back , certains après midi , nous nous retrouvions chez elle et nous faisions venir la coiffeuse …
Il y avait du thé et du café , des petits gâteaux , des histoires de femmes pendant la pose de la couleur , des fous rires , les enfants , les hommes , le boulot , la famille , nos délires , de la musique , des photos , des souvenirs … Nous finissions par l’apéro …

Quand la chimio coulait dans ses veines , elle redoutait que ses cheveux tombent , qu’en passant ses mains dedans ils viennent par poignées …

Elle n’aura pas perdu ses cheveux , j’ai coupé ma petite couette rose et je l’ai caché dans son chemisier …

dimanche 16 octobre 2011

Sondage téléphonique …

Il devait être , je ne sais pas moi , peut être sept heures moins dix , en fin de journée ,  une de ces journées qui brasse au boulot …

Le téléphone sonne , le numéro n’est pas masqué mais je ne le reconnais pas . Deux dring d’hésitation et je réponds quand même …

Une voix de femme , la formule de politesse habituelle , ça y est je me suis fait avoir , c’est un sondage … une enquête de santé auprès de toutes les femmes de France me dit elle …

Elle souhaite savoir ma taille et mon poids … oula mais c’est que la voix rentre dans mon intimité , tous mes signaux d’alarme s’allument , mais je m’abandonne à répondre , elle continue et m’assène mon IMC , la voix devient grave , elle m’annonce de but en blanc que je suis obèse d’après les calculs de son ordinateur !

“ Vous êtes stressée ? angoissée ? Vous pensez commencer un régime ? ”
Alors là , elle commence à m’énerver la voix et elle continue …
” Parce qu’il faut que vous perdiez du poids , votre santé est en danger !”
Mais c’est que là , elle m’emmerde la voix sérieusement , je sens que ma respiration s’accélère …

Que veut elle que je lui raconte mon overdose de chagrin que je compense la tête dans le frigo , mon sommeil que je ne trouve plus et que je ponctue de grignotages , mes trouilles que j’essaye d’apaiser à coups de petits gâteaux , l’absence que j’essaye de combler avec des petits tranches de saucissons …

Mais que veut elle que je lui raconte la voix , que j’aurais voulu partir à sa place , que j’essaye d’adoucir mes idées noires en bouffant , elle imagine que je vais tout lui déballer comme ça , elle insiste sur mon stress et mes angoisses . Mais je lui résiste en lui affirmant que je suis bien dans ma peau , que j’assume mes kilos en trop , que tout va bien .
Elle enfonce le clou en m’affirmant que ce n’était pas possible …
Là , c’en est trop ! Ca suffit ! Je lui pointe son indélicatesse , ses interprétations sauvages , ses propos blessants , sa curiosité malsaine , ses conclusions hâtives , elle se défend , je lui explique que c’est ainsi que je reçois ses propos et que je voudrais que nous abrégions cette conversation .
Elle conclut que de toute façon je ne veux pas me confronter à mon problème , que c’est grave , qu’elle ne peut pas poursuivre avec moi son sondage puisque je refuse de me mettre au régime . 

La voix se doute-t-elle que maintenant je suis très mal , elle se braque , essaye de se justifier . Je ne l’écoute plus , je veux que ça s’arrête , maladroite , elle en rajoute encore . Je ferme notre échange parce que mes émotions me débordent  , elle raccroche enfin . Et je me promet de ne plus répondre à aucun questionnaire téléphonique .

Je passerais le reste de la soirée à résister au frigo , au placard alimentaire …

lundi 3 octobre 2011

Un anniversaire pas comme les autres …

Un jour , je savais qu’il me faudrait retourner chez elle . Plusieurs fois déjà j’avais évité sa rue , je m’étais trouvé des excuses pour ne pas monter les escaliers et j’avais imaginé des prétextes pour se voir ailleurs avec son mari et les enfants .

Mais ce dimanche , il m’était impossible de me défiler , nous fêtions les dix ans de mon filleul .

Michel m’a téléphoné tard la veille , une longue conversation où il avouait enfin sa douleur , ses difficultés , son chemin de deuil .

Je l’ai juste écouté en taisant ma peine , de toute façon il sait  , je lui ai laissé toute la place de parler , de se déverser , lui qui habituellement retenait ses émotions . Son absence l’oblige à avancer , à bouger , à évoluer , à s’emparer de sa vie , mes trippes se serrent parce que je me souviens …

“ Tu viens demain !”
“ Oui , je viens …”

Ma nuit fut tempête …

Dans la matinée , j’ai marché dans les rues de la ville , j’ai croisé des marathoniens avec leurs brassards et leur sueur , ma course à moi c’était les quelques kilomètres qu’il fallait que je franchisse avec ma peur .

J’ai fait plusieurs fois le tour du quartier avant d’approcher de sa rue , je suis passée devant l’ancien appartement celui du rdc . Il nous arrivait de discuter jusqu’au petit matin , le bruit des poubelles était l’ultime signal , le moment de nous séparer .

Il n’y avait pas de place dans sa rue , je me suis garée contre la haie , une astuce qu’elle m’avait montrée . Je souffle la fumée d’une cigarette par la vitre ouverte , j’hésite à sortir de ma voiture …

Et puis je monte les marches , je renifle , j’essuie mes yeux , j’hésite et puis j’appuie sur le bouton de l’interphone sans même regarder le nom , c’est le deuxième de la rangée de droite . Dans l’ascenseur j’ai mal au ventre , j’ai la tête qui tourne …

La porte s’ouvre … “ Ah enfin Marraine !” Mon filleul est déjà blotti contre moi . Le chien saute sur mes jambes je franchis le seuil , je la cherche … j’entends encore ses reproches d’être en retard … mais elle n’est pas là et je me crispe , surtout ne pas craquer … Il y a toujours ses bouddhas sur le meuble de l’entrée …

J’essaye de sourire en saluant tout le monde , les bonjours sont discrets , oubliées les mises en boite tonitruantes . L’apéro , la choucroute , je vais aider Michel dans la cuisine . Avec Christine c’était notre endroit , là où nous cancanions , où nous gloussions , où on se donnait vite les dernières nouvelles … Nous buvions un café pour elle , un thé pour moi , nous fumions vite fait une cigarette …

Et puis discrètement je suis allée dans la salle de bain , il n’y avait plus sa boite à bijoux , ni ses parfums , sur l’étagère à gauche , il n’y avait plus ses tampax , ni ses produits de toilette , mon regard s’est figé sur le vernis à ongles poussiéreux  et le crayon noir abandonné dans un coin , je me suis lavée les mains et je me suis passée de l’eau fraiche sur le visage …

Coco a soufflé ses bougies une fois , nous avons tous essayé de faire comme si … mais nous savions bien que c’était difficile pour chacun d’entre nous … nous avons même oublié de chanter …

Coco a ouvert ses paquets , il a eut la console que sa maman lui avait promis pour ses dix ans .

C’était difficile pour chacun d’entre nous , nous sommes descendus jouer aux boules dehors , sur le terrain abimé et biscornu mais ça n’avait pas d’importance … 

 

Nous nous sommes mis encore à table , petit à petit les invités sont partis , Coco est allé se coucher sans son exubérance habituelle et enfin nous avons pu pleurer toutes deux avec la maman de Christine dans un coin de la salle à manger .