vendredi 6 novembre 2009

Le mur

Elle avait sept ans quand le mur de Berlin est tombé , cette nouvelle la fascinait , nous étions assises sur le canapé recouvert d’un tissu en forme de partition de musique . C’est si loin , si prêt . A coups de pelleteuses , de pioches , de marteaux , ils l’ont éclaté dans les cris , dans la fureur de la liberté , les mains , les corps qui se joignent , se rejoignent , elle était blottie contre moi pour regarder les images , sa joie d’enfant dans mes bras de mère .

20 ans plus tard , nous avons bâti notre mur à coups de mots durs , de honte , de rancœur , d’incompréhension , de colère , 20 ans plus tard , il est invisible notre mur mais infranchissable , chacune du côté de notre frontière invisible mais bien ancrées dans nos certitudes . J’ai perdu le goût de l’espoir le jour où elle s’est mariée et que je l’ai regardée de loin , derrière des buissons .   J’ai accepté d’être la mauvaise de notre famille , le mythe est si bien entretenu , je suis de l’autre côté du mur à dompter mon chagrin , ils attendent que je revienne comme si rien ne s’était passé , comme si c’était un nouveau de mes coups d’éclat retentissant , surtout ne pas imaginer qu’ils m’ont blessée , humiliée , continuer de m’inventer une histoire , une vie qui n’est pas la mienne , inventer moi des propos que je n’ai pas dit , de mauvaises fréquentations pour ne pas risquer d’admettre que leurs façons d’agir m’avaient fait souffrir .

De mon côté du mur , il y a longtemps que j’ai pardonné , ce n’est pas très compliqué finalement , je leur ai trouvé des excuses , j’ai essayé de les comprendre , je me suis chargée de ma part , lourdement pour les soulager mais ce qui est plus difficile c’est d’oublier , pas sur mode rancune , mais comment soulager ces blessures jusqu’à les effacer , comment ne pas avoir peur que cela recommence ,  comment avancer dans le respect des uns et des autres et comment me permettront ils que j’existe telle que je suis ?

Nous sommes chacun du côté de notre mur , ils ont refusé d’emprunter les brèches possibles , je ne me suis pas engouffrée dans les failles évidentes , parce que je ne l’ai pas voulu , parce que ce n’était pas mon chemin .

Nous sommes chacun du côté de notre mur , parfois je cherche la brique qui pourrait faire s’effondrer l’édifice , mais souvent maintenant je longe notre mur , je m’occupe de moi , résignée , j’avance parce que j’ai beaucoup à faire encore .     

Et même si un jour notre mur s’écroule , il restera des cicatrices qui ne s’effaceront pas , elles seront notre histoire , mais aussi celle des générations à venir et ce n’est pas ce que j’aurais voulu transmettre .

lundi 26 octobre 2009

Quand Matinou s’en va Auchan !

Midi c’est l’heure de la sortie , midi enfin je ne sais plus l’heure qu’il est , changement d’horaire et je suis à l’envers , je suis réveillée depuis 4h du matin avec la trouille de m’endormir ce fameux quart d’heure avant que le réveil ne sonne ! Enfin , il est censé être midi , temps d’automne , couleurs de feu dans un ciel bleu immaculé , au fait le bleu ça peut être immaculé ou c’est juste le blanc ? Enfin , revenons à midi , mission travail accomplie m’en voilà partie Auchan , glaner quelques provisions pour réapprovisionner mes placards vides , au départ ce n’était pas tout à fait ça , ce matin j’avais raclé le fond de mon pot de crème de jour  …

Sac sur le dos , je conduis mon caddie , à l’entrée ce sont des soldes de vêtements , un coup d’œil , et je prends un pantalon ,  un réglet de 49 cm , puis un deuxième de 49 cm , une paire de ciseaux , puis trois paires , j’accumule , je double , je triple , il y a quelques jours j’avais trouvé un petit bol verseur , un coup de foudre , alors j’en prend un autre , je choisis une crème de jour et j’en prends une deuxième .

Je continue avec un soutien gorge , une culotte assortie , le tout noir , basique premier prix , pas besoin de fioriture personne à séduire et je multiplie par deux ma trouvaille et je poursuis jusqu’à l’alimentation , aux soupes instantanées , c’est l’automne et un festival de boites que je fais tomber dans mon caddie , principalement de la crème de champignons , je m’en suis gavée quand j’attendais ma fille et je recommence , à la gondole suivante , c’est une razzia sur le concentré de tomates , j’adore mettre le doigt dedans et lécher ensuite , même mes rideaux de cuisine tiennent avec des boites de concentré de tomates .

P1180210 Et je regarde mon charriot , je m’interroge mais que suis je en train de faire , des provisions en cas de guerre , une crise boulimique , un besoin de rassurance , pourquoi tout multiplier , la peur de ne pas avoir assez , de manquer , de perdre , une nécessité vitale , chasser l’angoisse , je reviens sur mes pas , je repose la crème , un réglet , je négocie avec moi même , je me raisonne , je pose encore des ciseaux , le pantalon , j’ai l’impression de devenir dingue dans ce magasin et puis d’abord pourquoi suis je venue ici ? Pour le son d’avoine et de blé et ses six paquets de chaque et l’acide chloridrique pour les toilettes je ne supporte plus le calcaire qui noircit la cuvette alors je fais dans le radical , l’anti écolo .

Faut que je sorte , que je m’enfuis , ça m’énerve , je m’énerve et je suis dans le rayon jouets de Noel mais qu’est ce que je fous là , je fais la petite fille , la maman ou la tatie , peut être la marraine , il y a des Barbie , des Charlotte aux fraises , des poupons qui pleurent , des cuisines en plastique , des jeux de société , ce sont bientôt les fêtes de fin d’année , je voudrais être loin , je travaillerais .

Je vide mon caddie sur le tapis roulant , vite un psy pour m’expliquer mes courses étranges , la caissière n’a pas d’humour , elle parle en espagnol avec la cliente suivante , je regarde défiler mes boites bien alignées , mes doublons , mes triplettes , si j’avais le temps , j ‘en ferais une photo , la caissière compte les concentrés de tomates , les soupes instantanées et pendant que je me demande si je deviens psychotique , je remplis mes deux sacs vert pomme recyclables , gênée , presque honteuse !      

mercredi 21 octobre 2009

Il pleut ce soir

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau sur asphalte luisant des taches de lumières des réverbères .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau qui rebondissent , éclaboussent .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau comme un rideau que les essuies glaces écartent , repoussent .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau qui forment  des flaques , des mares éphémères .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau que les voitures traversent en gerbes instantanées .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau qui s’écrasent sur les trottoirs , que je piétine , pieds mouillés .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau , la pluie ruissèle sur mon blouson , vite rejoindre l’abri .

Il pleut ce soir ,

Il tombe des trombes d’eau , derrière la vitre je regarde le précipité furieux des gouttes .

Il pleut ce soir .

mardi 20 octobre 2009

Il y avait du vent aujourd’hui

Il y avait du vent aujourd'hui .

Des rafales de vent .

Il y avait du vent aujourd’hui .

Des rafales de vent qui ont même couché des arbres .

Il y avait du vent aujourd’hui .

Des rafales de vent qui ont même couché des arbres , emporté en bourrasques les feuilles mortes .

Il y avait du vent aujourd’hui .

samedi 17 octobre 2009

Chez “le Cosy” , à la Croix Rousse

A la Croix Rousse avec mon amie Christine , nous sommes montées . Au 115 , je l’ai laissée se faire manipuler et je m’en suis allée au marché ! Mais oh surprise ! Malgré le soleil brillant , la bise fut cinglante , le froid pinçant !  Que les étals étaient beaux , colorés et bien rangés , mais les allées vidées par trop de gelée . Je croyais que mes pieds dénudés résisteraient au frisquet , que nenni , je fis un retour précipité dans ma voiture pour me mettre à l’abri , transie , frigorifiée .

Parfois j’ai des idées saugrenues , mais je trouvais géniale celle que j’eus de mettre dans mon sac une paire de chaussettes que j’enfilais aussitôt sous l’œil goguenard   du marchand de fleurs qui me voyait gesticuler sur mon siège . Oublié l’été indien , l’automne brandit ses premiers frimas et je me caille , je sortirais presque déjà ma doudoune de plumes bien longue et toute chaude , j’enfilerais volontiers mon bonnet et mes gants , je frissonne des cuisses et des oreilles .

Christine revint emmitouflée dans son écharpe mais grelottante , c’est tremblotantes que nous parcourûmes le Petit Paumé tout neuf d’une semaine pour trouver un restaurant où nous sustenter et nous réchauffer .

Je lui suggérais un RPPP ( Recommandé Par le Petit Paumé ) , quelques rues plus loin en suivant le plan , elle s’exclama : “Dis tu es allée tout seule au Mont Saint Michel , tu ne vas me perdre à la Croix Rousse quand même ! J’ai faim , j’ai froid” Aie ! aie ! la pression !  Faut que je fasse mes preuves , que je sois efficace , j’oriente la carte , je repère le nom des rues et hop , nous y sommes !  

Classe en apparence le restau ! Nous nous regardons , nous hésitons , nous nous redressons , style poitrine en avant et puis maintenant que nous y sommes , rappelons nous qu’il fait froid , que nous avons faim , que nous avons déjà pas mal marché , alors franchissons le seuil . Décor chic , moderne , peut être déjà vu , ambiance feutrée , convives bobo ce jour , accueil souriant et sympa , le serveur nous installe sur une petite table entre le mur et un poteau , à côté d’une jeune femme et de sa grand mère .

Chemin de table imitation lin , pas repassé  , (bon d’accord c’est un détail ! ), ardoises et verres jolis et élégants et surtout serviettes en tissu et j’adore les serviettes en tissu que je peux glisser dans mon pull , étalées sur mon torse afin de savourer mon repas en évitant toute tâche , rien que ça c’est du luxe ! 

Nous nous accordons un apéro , Pineau des Charentes aujourd’hui , accompagné de fromage de chèvre dans un petit pot et de croutons grillés , parfumés d’herbes , juste de quoi ouvrir l’appétit . Sur la carte nous choisissons nos entrées , un feuilleté de bœuf ,  dommage les feuilles de brick sont un peu humides , une salade pétoncle , crevettes , légumes ,  bien garnie , savoureuse . Le serveur est prévenant ,  il s’occupe de nous discrètement mais efficacement  , il ne manque pas d’humour .   

En plat Christine a pris une noix de veau et sa ratatouille , elle se régale pendant que je déguste mon contre filet et sa pomme de terre sur planche de bois , c’est simple mais délicieux . Le fondant au chocolat , l’omelette norvégienne ravirent nos papilles et délient nos langues , nous partageons nos impressions sur ce repas avec nos voisines .

Le thé de madame est avancé  , trois parfums au choix , une mini madeleine faite maison , nous demandons la note , prix très raisonnables pour un menu avec quelques touches d’originalité et un moment très agréable passé au Cosy . Ce sont des jeunes qui tiennent cet établissement , ils mettent du cœur à leur ouvrage  , c’est l’impression que nous en avons eut , si vous passez par là ,  n’hésitez pas à pousser la porte …. 

LE COSY

  • 36 rue du Mail, Croix-Rousse, 69004 Lyon
  • Téléphone: 04 78 28 98 40
  •       

    A tableApéro Entrée 1 bisEntrée 2 bis      

    Plat 1 bisPlat 2Dessert 1dessert 2

    ThéLe cosy 1

     

    Flash spécial :

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    J’ai remis mes chaussettes , ressorti mes jeans longs et les premières déco de Noel sont apparues , ça sent déjà l’hiver et la fin de l’année ,

    coup de blues !

    vendredi 16 octobre 2009

    Décapage et inconstance !

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    C’est trop top le décapeur thermique , bien plus efficace que le décapant chimique et surtout moins polluant , moins odorant , moins salissant , moins collant et puis alors avec ces premiers froids , ça tient chaud !

    Et voilà mon petit meuble débarrassé de ses couches de peinture , enfin presque ,  ce n’est pas encore tout à fait terminé , reste les petits coins et les recoins et là bonjour patience !

    La rénovation  avance à mon rythme bien particulier  , je décape , je fume une cigarette , je décape , je vais sur mon ordi , je décape , je grignote , je décape , je bouquine , je décape , je jette un coup d’œil à la télé , je décape , je téléphone , je décape et je devrais me tenir à mon ouvrage , je serais plus efficace et les travaux ne dureraient pas aussi longtemps ! Mon inconstance est ma pire ennemie !  Et puis je me pose et je pense déjà à l’étape suivante , je regarde le petit buffet et je me demande comment je vais distribuer l’orange et le vert !

    Concentre toi Matinou , reste concentrée sur ton décapage !

    jeudi 15 octobre 2009

    Rendez vous

    P1180019 10h , j’avais un rendez vous dans l’antre de la consommation lyonnaise , l’enfer des tentations , le supplice des cartes bleues , mais je n’ai rien vu , j’avais un rendez vous dans un salon de thés , j’avais essayé de me déguiser en fille , une jupe , un peu de couleur sur les yeux et les lèvres mais je ne sais pas vraiment faire , j’avais un rendez vous avec un inconnu pas tout à fait inconnu , hé on ne s’emballe pas , de l’autre côté de la table pas de galant !

    J’avais un rendez vous , j’y suis allée la trouille bien enracinée dans mes entrailles , mon tit cerveau lancé à pleine vitesse , cent cinquante questions à l’heure !

    J’avais un rendez vous , j’ai choisit un thé presque au hasard parce que j ‘étais rougissante je crois , pas très à l’aise , ça devait se voir , intimidée , j’ai du raconter n’importe quoi !

    J’avais un rendez vous , je ne me souviens plus de l’odeur de mon Yunnan jeune , je m’étonnais de notre conversation en plein centre commercial , derrière nous une jeune femme écrivait sur une page blanche , nous écoutait elle aussi ?

    J’avais un rendez vous , je devais dévoiler un peu de moi , je me suis laissée déborder par l’émotion , j’avais envie d’une cigarette , j’ai sorti un mouchoir en papier presque honteuse !

    J’avais un rendez vous peut être pour avancer dans ma vie et je me suis retrouvée à marcher dans les allées d’un concentré de magasins , bousculée , un peu hagarde , perdue dans cette tourmente de vitrines .

    J’avais un rendez vous , j’ai eut un rendez vous très dense , soudain je me suis retrouvée seule au milieu de personnes en frénésie d’achats , j’étais seule dans ce tourbillon , mon tit cerveau s’est emballé avec encore plus de questions  , maintenant en attente ! J’erre d’une boutique à une autre , je feuillète des livres en oubliant ce que je regarde .

    Je n’ai plus de rendez vous , je reprends mes esprits , je mets à distance mes questions , je remets mes pieds dans le concret , je me rappelle que je n’ai plus de décapant pour mon meuble , j’acquière finalement un décapant thermique , des moules pour des cups cakes , une éponge , enfin un lot , il y a une promo !

    Je cherche la sortie , l’entrée du métro , et puis soudain je me souviens que je voulais voir la Tour Oxygène en pleine construction , je sors dans la rue , je la guette du regard et je deviens touriste dans ce quartier méconnu de l’autre côté du Rhône . J’arpente les trottoirs comme une étrangère , je photographie comme si j’étais à l’autre bout du monde avec un sac de courses .  La Tour est moins haute que je le pensais , je me souviens de New York , de l’insolence de ses gratte-ciel , je me dis que nos décideurs et nos architectes ne sont guère téméraires , ils auraient pu oser dépasser notre crayon ( La Tour du Crédit Lyonnais) . Oser et mes questions reviennent , je retourne dans la Part dieu , encore des escaliers , des magasins , le métro , le dédale des couloirs , les mouvements de foule , les portes des rames qui s’ouvrent et se ferment , quelques stations plus tard , je suis chez moi , dans mes marques , mes habitudes .